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Jude poussa…


… la porte. La cabane s’ouvrit à lui, salvatrice. Le jour s’était poussé, alors que l’enfant mettait beaucoup trop de Temps pour rejoindre l’abri. Une évidence se faufila dans son cerveau de huit ans : il devrait y passer la nuit.
 
Il ne craignait rien. Il se rappela les consignes de Grand-Père Ray : allumer le feu, fondre la neige. Il s’attela à la tâche. Il craqua l’allumette et l’approcha de l’écorce glissée sous les éclisses de bois. Une flamme monta. Un crépitement se fit entendre.

Il ouvrit le sac de peau qu’il avait amené avec lui et en sortit le morceau de bannick, le déposant sur la table avec la poudre de lait. Il tira le vieux fauteuil près du poêle et, se frottant les mains, laissa l’effet magique de la lumière orangée et la chaleur calmer ses dernières inquiétudes. Il se savait en sécurité.

Après un certain Temps, il ramassa le chaudron de fer gris et sortit pour aller chercher la neige à fondre. Dehors, un vent glacial soufflait maintenant rageusement. Un blizzard s’installait.

Comme il allait rentrer, il vit à quelques mètres à peine, un petit animal tremblotant. La nuit n’étant pas encore installée, il s’approcha. Un léger grognement se fit entendre. La bête ne bougea pas. Seules ses lamentations lui parvinrent.

Ça ressemblait drôlement à un petit chien. Mais un chiot aussi loin sur le territoire, était-ce possible? Son Grand-Père lui avait raconté des histoires de loup… Était-ce un bébé? En voulant s’approcher, la bête apeurée montra les dents. L’enfant recula d’un pas et retourna à la cabane.

  
 
Le louveteau regrettait sa témérité. Sa curiosité. Il était trop petit pour parcourir une si longue route. Maintenant, il était perdu ne sachant plus où était sa tanière. Il avait suivi la chose-à-deux-pattes, s’était arrêté à bonne distance. Il avait vu s’élever de la grosse forme sombre, une sorte de nuage qui sentait bon le bois.

Il grelottait. Avait froid et faim. Aussi quand il vit la chose-à-deux-pattes se diriger vers lui, un sentiment de peur mêlé de l’instinct de survie lui noua les tripes. Il gronda. Même si ses sens lui disaient qu’il n’était pas en danger. Réflexe de protection.
 

Ray pensait à Jude. Où se trouvait-il? Avait-il froid? Avait-il faim? Déjà plus de vingt-quatre heures s’étaient écoulées depuis que sa mère lui avait servi le petit-déjeuner hier matin.

La nuit de Noël avait été remplie d’inquiétudes, de questionnements. Les comment et les pourquoi avaient remplacé les paquets qui, à pareille date, auraient occupé le Temps.

Les gens avaient veillé. Mais pas autour d’une tablée de rires et de bouffe. Ray était allé se coucher un peu avant minuit car il voulait être des premiers à partir à la recherche de l’enfant. 

Ray posa les yeux sur sa femme. Elle se tordait les mains nerveusement, le regard baissé. Gaya, la mère de Jude, avait les yeux rougis d’avoir trop pleuré. Sentant probablement peser sur elle les yeux de son père, elle le regarda. C’est à ce moment que Ray comprit. Qu’il sut. Éclair de génie, simple intuition? Il ne saurait jamais trop bien l’expliquer. Il ramassa son manteau, enfila ses bottes et sortit à la rencontre de ce début d’après-midi.


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