vendredi 28 septembre 2018

Histoire fleurie


Une journée s’annonçant d’un gris attristant, motiva la finalisation de ce billet, depuis longtemps semé en feuille. Ça va comme suit...
 
Décembre 1978 : je viens tout juste d’obtenir un poste, temps complet de nuit, à la maison d’hébergement pour personnes âgées, alors appelée « Foyer Harricana ». 

Ma jeune vingtaine attise le professionnalisme acquis durant les années de formation. Du jour au lendemain, dans ma Vie se glissent, des Hommes et des Femmes, les uns suffisamment autonomes pour dévaler en plein jour, l’abrupte pente menant à la 1ère Avenue; les autres, maladivement cloués dans leur lit.

Parmi eux, au 3ième étage, un homme, prénommé Misaël, occupe le Temps de sa gentillesse et de sa douceur. Il bricole ses journées, en en façonnant des bribes dans la terre cuite. 

J’étais en amour avec l’Être et son prénom. Je me répétais qu’un jour, si je donnais naissance à un garçon…
 
Un bon matin, M’sieu Misaël me remit un ensemble à café pour matins gris, couleurs soleil et nuage blanc. Sous la tasse, il avait gravé son nom. Indescriptiblement touchée par le geste, j’avais accepté les pièces dont je possède toujours la tasse, quarante années plus tard. 

En juillet dernier, alors que je donnais un coup de main pour une activité de marche-course dans le cadre du 100ième de Trécesson, l’Amie Ded me présenta le propriétaire de la maison devant laquelle nous étions installées.

Stupéfaite, j’avais appris que l'homme âgé, était le fils de M’sieu Misaël! 

Il avait la même amabilité, la même bienveillance. Il me raconta un peu de sa Vie. Sa maison s’était ouverte à moi comme un coffre au trésor. Une mine de souvenirs, un poste télé qui jouait trop fort, le long bougeoir où dansait une flamme sage devant ses icônes, l’éclairage tamisé… J’étais sous le charme.
 
Je le revis en septembre dernier. J’avais avec moi, la rustique tasse jaune soleil. Je lui montrai. Ému, il la tourna dans ses mains, puis me la rendit.

« Promettez-moi que vous reviendrez me voir. » me dit-il. 
Je plongeai mon regard dans le sien quand je prononçai mon: « Je vous le promets! »…

Addenda : j’aurais bien voulu attribuer à mon fils, ce charmant prénom. J’ai dû abdiquer devant les trop nombreux jeux de mots fusant de mon entourage. Aussi quelle surprise à mon arrivée à Kuujjuaq le 16 novembre 2009, d’être présentée à un « vrai » Misaël, d’origine guatémaltèque.

Il avait la même douceur et la même gentillesse que MON M’sieu Misaël d’antan…

lundi 24 septembre 2018

Et G comme dans Gospel et Giants!...


La dernière journée. Leçon d’humanité. Dans le banc à côté de nous, un homme à la barbe blanche clairsemée, exposant un maigre torse nu sous son manteau de duvet, s’est vomi dessus. Une jeune fille coiffée d’une longue queue-de-cheval se précipite vers lui. Un homme lui tend des papiers mouchoirs. Elle essuie délicatement le visage et la barbe de l’homme. Deux autres femmes s’approchent, l’une lui parle doucement, l’autre tâte son pouls. Gestuelle calme et assurée. Rassurantes têtes grises qui lui promettent qu’ils chanteront à nouveau ensemble, le prochain dimanche. Touchant… Les ambulanciers arrivent et l’installent sur la chaise civière. Départ pour l’hôpital. « Bonne chance M’sieu! »
 
Pendant ce Temps, le chœur Gospel du Glide Memorial s’est arrêté. Pause. L’ensemble est hétéroclite. Les voix, magnifiques. Le Rabin est comique. Certaines autres religions devraient prendre exemple

Avant de pénétrer dans l’enceinte de ce temple, nous avions traversé, Tendre Neveu et moi, la misère des itinérants, limitant au minimum, l’inspiration de ces odeurs pestilentielles flottant dans l’air ambiant de ce dimanche matin. Un Homme aux yeux bridés, arrosait le trottoir devant l’entrée de son magasin, lavant les traces nocturnes, les laissant s’écouler vers l’oubli… Triste. Les deux faces de la Tenderloin offraient le même spectacle. Quartier à éviter; nous y étions et en sommes repartis quelques heures plus tard…

Quand sonna midi, nous avions atteint le stade des Giants. Dernière activité à San Francisco : un match contre les Rangers du Texas. Tournée des comptoirs de bouffe, frites à l’ail et hot-dog steamé. Des hommes des femmes, par centaines. Dans les estrades, partout on entend : « Churros, water, lemonade. » Neuf manches de bras chargés à scander les mêmes mots.
 
Pendant qu’un soleil de plomb s’occupa de rougir nos peaux de coups de soleil, les Giants en profitèrent pour gagner 3 à 1. La foule envahit les trottoirs. Une fois de plus, on partit du mauvais bord. « Changez de côté vous vous êtes trompés! » Le train finit par nous ramener en même Temps qu’un couple de québécois fraîchement débarqué en ville. Tendre Neveu en profita pour leur piquer une jasette.

Après avoir récupéré nos bagages, un dernier sursaut d’inquiétude m’envahit quand j’échouai la connexion avec Uberpool. J’interpellai un couple sur le trottoir. N’étant plus en contrôle de la situation, j’en perdis mon maigre anglais. Ma foutue peur d’être en retard… 

Finalement, après avoir longuement attendu le bus, puis pris le métro (BART) vers l’aéroport, on passa en flèche au comptoir d’Air Canada pour apprendre que le vol était retardé d’une heure. 

Nous nous retrouvions avec quatre belles heures devant nous!!!...

Épilogue : Le 737 profita de la nuit pour nous ramener au pays. Un peu de sommeil plus tard, on embarquait sur la 20 tentant, tant bien que mal, de garder les yeux bien ouverts, jusqu’à ce que, n’en pouvant plus, je stationne à l’écart Petit Escape en pleine Réserve faunique La Vérendrye, le Temps d’une courte sieste. 

Le lendemain présenta son jour blanc. Ça me permit de récupérer et de m’endormir sur la Vie d’Agatha Christie… et sur la mienne, by the way!

dimanche 23 septembre 2018

G comme Golden Gate à vélo?...


L’idée de prime abord m’avait plu. Et avait également plu à Tendre Neveu. Mais c’était sans compter sur mon inexpérience et ma hantise de rouler parmi… Car tel ce fut!
 
Au programme ce jour-là, la traversée du mythique Golden Gate. À vélo. Un petit 10km que nous pédalerions les doigts dans le nez. 
« Que je me disais… »

Dès le départ, ayant débarqué trois coins de rue trop tôt, le premier défi fut de dénicher le commerce Blazing Saddles Bike Rentals. Après avoir écouté tant bien que mal les consignes de sécurité, et tenté d’enregistrer mentalement le trajet (oui-oui… nous avions une carte, mais…), nous avons enfilé casques et enfourché montures, heureusement, des vélos hybrides d’assez bonne qualité.

Le trajet assez plat dans l’ensemble, nous mena au long pont bondé de passants et cyclistes faisant fi des indications et occupant autant la gauche que la droite de l’étroit passage. Ajoutez à cela le bruit abrutissant de la circulation : je n’ai pas détesté, mais je n’ai pas aimé. Disons que c’était loin d’être ma tasse de thé, cela même si je n’en consomme pas tant…

Dès qu’on retrouva un peu plus d’espace, on dévala Alexander Ave jusqu’à la petite bourgade de Sausalito, nichée à flanc de montagnes. Jolie. Après avoir stationné nos vélos, pris un frugal repas, trouvé l’endroit où prendre le ferry et voguer le retour, nous avons repédalé sur Jefferson parmi les hordes de touristes déambulant, insouciants.

La rando fut physiquement facile, mais éprouvante mentalement. Parce que voyez-vous, quelque part niche dans mon subconscient, une crainte innommable de circuler dans des rues n’offrant pas une large bande cyclable.

F Market au plus vite. On laisse faire l’aquarium une fois de plus pour nous retrouver à la maison avec un blessé (ampoules aux pieds) et une MaTante ben fatiguée… 

Le lendemain – 

C’était drôle d’imaginer que la première activité de la journée devait être « de manger au plus vieux deli du pays ». Nous avons donc, logiquement modifié le programme en allant tout d’abord à Exploratorium PUIS au restaurant. 

Nous aurions pu passer la journée au musée. Il y avait tellement d’expériences de toutes sortes à y faire que ça en était décourageant. Midi annonça qu’il était Temps d’aller manger. D’une rue à l’autre, c’est l’escalade de l’une (qui devait faire dans les 22% de pente) qui nous mena sur Columbus, directement en face du Molinari Delicatessen.

J’ai adoré l’ambiance italienne, la gentillesse des gens, le petit côté européen des tables sur le trottoir. Oui vraiment, un coup de cœur! Du Luciano Special à la glace menthe-chocolat savourée au Bear Cookie… Nirvana! …

Ce jour-là San Francisco nous a aussi montré quelques-unes de ses facettes particulières : ces surprenants palmiers se balançant sous le vent; ce chauffeur d’autobus acceptant de laisser monter un itinérant sans le sou; cet homme à la barbe rose, portant un immense anneau dans le nez (je passe sous silence les fous rires que ça provoqué…); cet immense centre d’achat allongé sur neuf étages…


Mais comme je n’avais besoin de rien… 😉




Histoire fleurie

Une journée s’annonçant d’un gris attristant, motiva la finalisation de ce billet, depuis longtemps semé en feuille. Ça va comme suit....