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Jude avait à peine huit hivers…


… très tôt son grand-père l’avait amené en forêt, chassant-traquant lièvres et perdrix. L’Homme lui avait enseigné les bois, les rudiments de la survie, comment apprivoiser ses peurs et apprendre à s’orienter.
 
Il avait les gènes de ses ancêtres, grands nomades innus. Son grand-père éprouvait une grande fierté à le voir évoluer et à faire ses classes boréales. Cependant, il en était autrement à l’école. Enfant timide d’une grande intelligence, il se retrouvait souvent dans son monde où vivaient les grands-des-bois. 

Avec son grand-père, il avait participé à la construction d’une toute petite et charmante cabane en bois rond. Une seule pièce, deux lits de fer disposés en angle, une table, deux chaises, un vieux fauteuil défoncé et un poêle à bois pour réchauffer les jours de glace. C’était leur refuge, leur repaire pour les heures nécessitant un peu de solitude.

Sur le poêle, une bouilloire de fonte laissait s’échapper en permanence une nuée de vapeur. On pouvait préparer un breuvage chaud en un rien de Temps. Jude aimait les effluves des infusions au thé des bois.

Les escapades, souvent improvisées, comblaient l’enfant de joies matures. Dans la forêt, il était le roi. Il se sentait plus grand que nature. Plus grand que ce qu’elle avait d’arbres rabougris à offrir.

La blondeur de Jude le plaçait à l’écart des enfants aux cheveux de charbon. Résultat d’un métissage entre un père innu et une blonde mère gaspésienne aux yeux pers.

Il gardait à peine souvenir de son paternel, qui s’était éteint subitement, emporté par un fulgurant arrêt cardiaque, un jeudi soir de hockey à l’aréna du village. L’autopsie avait mis à nu, une malformation congénitale au destin imprévisible. 

Ainsi allait parfois la Vie…

Le froid était craquant. Ray et Lou regardaient impassibles leur attelage respectif. Déjà deux heures qu’ils avaient quitté le village. Le sentier qu’ils suivaient avait été tracé depuis belle lurette par les allers-retours incessants des motoneiges. Les chiens de tête Mouffe et Cléo, gardaient le rythme pour leurs acolytes.

Arrivé près de la fourche laissant le choix d’aborder le lac John par le nord ou le sud, Ray stoppa ses chiens. Lou en fit autant. 

« Si je me fie à mon intuition, je prendrais à gauche. Mais ma logique me dit que par la droite risque d’être une aussi bonne direction. » lança Ray.

« Nous pourrions nous séparer ici et couvrir une partie chacun. » répondit Lou.

Pendant ce Temps, Mouffe fourrageait dans la neige, le museau au ras du sol. Elle s’agitait de façon inhabituelle. Ray la ramena à l’ordre d’un ton sec. Elle continua de n’en faire qu’à sa tête.

« Mouffe, tranquille. Mais qu’est-ce qui lui prend? » dit Ray.

« Tu crois qu’elle pourrait flairer une piste? Elle et Jude sont bons copains non? Suis ton idée. Je prendrai vers le sud. Donnons-nous une heure puis nous laisserons reposer les chiens avant de rebrousser chemin. » suggéra Lou.

« Parfait! On garde contact par radio si jamais il y a quelque chose. »

Les ordres de départ furent donnés simultanément. « GEE » lança Ray. « HAW » cria Lou. Les chiens partirent en flèche, les uns vers la droite alors que les autres prenaient à gauche, heureux qu’ils étaient de reprendre leur course.

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