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L’espace d’un jour blanc


« … Je veillais sur le souffle ténu s’échappant de ses lèvres bleutées, tel devait le faire son Ange personnel. Ainsi, nous étions deux à être auprès de Lui…
Pendant ce Temps, l’horloge murale s’occupait de scander les secondes une à une, imperturbablement. Sinon, le silence baignait dans la demi-obscurité. J’avais tiré exprès les rideaux fleuris et refermé quelque peu la porte sur elle-même… 
Introspection…
Il respirait en souriant. Il riait même à gorge serrée, comme si d’étranges inconnus s’amusaient à le taquiner.
Quand il ouvrait les yeux quelques secondes, son sourire s’élargissait et il répétait une fois sur deux : « Hé que té belle!... »

Tellement charmant…

Ses yeux étaient cernés de mauve. À l’expire, son air produisait le sifflement caractéristique de ceux qui cherchent leur souffle, espérant ne pas tomber, par un malencontreux hasard, sur le dernier.
Il tournait parfois son regard vers la fenêtre, tentant de comprendre comme toujours, où allaient toutes ces voitures qu’il apercevait au loin. Il marmonnait les mots d’un incompréhensible langage, voyage au fond de lui-même. 
À moins que …
Pouvait-il apercevoir au loin quelques ombres familières? S’adressait-il à elles secrètement? Est-ce vers elles qu’étaient dirigés ses sourires et ses éclats de rire mitigés?...

Le personnel allait-et-venait dans la chambre. Dans le corridor, j’entendais la Vie qui continuait. Alors qu’ici, elle semblait plutôt se débattre…
Le bruit de l’âge se faisait entendre, s’amplifiant jusqu’à envahir chaque centimètre carré de l’espace… 
Pas évident…

Et toujours pendant ce Temps…
… Dehors, il avait neigé de ces gros flocons volatils, si purs et si blancs… La Vie continuait vraiment… 

Soudain dans un soupir, j’aurais aimé goûter souvenirs de jours plus heureux… »
addenda:ce billet relate un évènement passé (mardi). Rassurez-vous, Papa Fitzsou est depuis, en voie de récupération. J'ai écrit ces lignes alors que j'étais à son chevet. 

« L’espace d’un jour blanc », Amos, janvier 2016



Commentaires

Zoreilles a dit…
Très beau, ton texte... Triste mais beau... comme l'espace d'un jour blanc...
Merci Zoreilles, et je suis allée ajouter quelques lignes à mon billet, pour signifier qu'à peine 24 heures plus tard, il se levait pour aller déjeuner à la salle à manger. Grand, grand pouvoir de récupération mon Père pour ses 94, bientôt 95 ans!!!!
Zoreilles a dit…
Fiou... j'avais tellement peur de connaître la suite, tu me rassures. C'est fort la vie... dans le cas de Papa Fitzsou du moins.

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