Passer au contenu principal

$37 dans mon compte


« … L’Homme se dandine d’un pied sur l’autre. Son manteau noir porte traces de misère. Son élocution butte aux deux mots. Dans ses mains, il tient une pizza de l’Épicerie Carignan. La meilleure. 
Devant l’Homme se tient un Petit Bout de Femme. Ils jasent. Je comprends que ça fait un p’tit bout qu’ils se sont vus...»
  
Nous sommes à la station-service où je me suis arrêtée le Temps de ramasser quelques trucs pour rehausser le dimanche soir à venir. Quelques bières sans alcool de la microbrasserie LE BOCKALE, croustilles et autres sucreries plein les mains, j’attends patiemment mon tour, tout en observant les interactions se déroulant sous mes yeux.

Le manteau de la Femme est imprégné d’une forte odeur de nicotine. Sa voix rauque semble avoir été brûlée par la boucane. Son pantalon doublé, trop long pour ses courtes jambes, rafale à ses chevilles. Les bras chargés, elle m’offre de passer. Patiente, je refuse. Rien ne presse, si ce n’est que j'ai prévenu l’Amie M-Cj de mon passage.

La Femme laisse passer son Ami. Il présente un billet de loterie. Non gagnant. Malheureusement. Puis c’est au tour de la pizz. Et autres trucs que j’oublie. Il paie. Se déplace vers la droite afin que la Femme puisse à son tour, payer ses achats.

Ça brette un peu. Elle nargue la Jeune Caissière qui pourtant, semble être tombée dans un chaudron de patience à la naissance. À un moment elle lève les yeux vers moi. Je l’encourage d’un sourire.

La Femme approche une carte pour payer. Lorsque la Jeune Caissière lui signifie que ça n’a pas fonctionné, la Femme énonce haut et fort : « Impossible! J’ai $37 dans mon compte! » 

$37…

L’employée se reprend, explique doucement. Cette fois ça fonctionne. La Femme exige double sac plastique afin que les cannettes de bière ne tombent et n’explosent sur la surface durcie de l’hiver. « Comme d’habitude. Tu le sais je viens ici à tous les jours. » dit-elle.

La Jeune de répondre posément, qu’elle, elle ne travaille pas à tous les jours. Silence.

C’est mon tour. L’Homme a quitté le premier. La Femme était encore à arranger son sac d’achats quand je suis sortie. Dans ma tête, j’entendais encore ce « Impossible! J’ai $37 dans mon compte! »…

C’est là que j’ai réalisé que mon jugement différait du leur. 

Dans leur misère, y’avait trace de bonheur…»



Commentaires

Zoreilles a dit…
C'est dans ce temps-là qu'on se trouve riche!
Le factotum a dit…
C'est la précarité dans laquelle vivent la plupart des gens.
D'une paye à l'autre ...
Et dans ce Temps-là que je réalise que j'ai le jugement trop facile Zoreilles...
Oui et il était évident M. Le Factotum, que leur paye venait d'un programme d'aide gouvernemental...

Messages les plus consultés de ce blogue

Une minute de silence svp!

« … C’est l’Ami Pat qui, ce matin, a porté ce fait à mon attention :  1 minute de silence, à 11h, ce 11 du 11 , jour du souvenir.    Je ne suis pas une fana ni ne me targue d’avoir une grande connaissance des guerres, que ce soit la 1 ère ou la 2 ième . Ce que je sais, c’est que Papa Fitzsou, travaillant à l’époque de la 2 ième à la mine Molybdenite , avait été épargné de se présenter au front. Le molybdène contribuant à renforcer l’acier, était apparemment, utilisé dans la fabrication des munitions.  Ce fut, involontairement , sa contribution volontaire … De lien en lien, j’en ai appris un peu sur la bataille de la Crête de Vimy , s’étant déroulée il y a cent ans de cela, et pour laquelle, des milliers de canadiens ont tristement donné leur Vie.  Bon… Une minute de silence . En souvenir de ces valeureux combattants, c’est bien peu, quoique… Pour moi, ce sera déjà un défi en soi! ( je blague voyons… comme si je ne pouvais ferm...

Cher Papa

Amos, 10 mai 2018   Cher Papa,  On dit que «  la Vie ne tient qu’à un fil  »… J’ajouterais que si on a le malheur de perdre un jour l’horizon de vue, le lien se rompt, annonçant le départ pour l’ultime envolée… Ce Temps est arrivé pour toi. Tu as passé une bonne partie de cette Vie dans le ciel. Entre ciel et terre. Tu éprouvais plus grande satisfaction à imiter le vol de l’oiseau, plutôt que la Vie d’un poisson, même si en réalité, tu en étais un heureux mélange, étant donné ta naissance, un jour de mars 1921… Tu as travaillé sans relâche, vaillamment et avec persévérance dans tout ce que tu entreprenais, que ce soit à transporter du gravier très jeune afin de tracer des parcelles de chemins abitibiens, ou à faire l’élevage à la dure, d’une centaine de visons, ou encore, à avoir les doigts noircis par l’huile des moteurs de tes grands oiseaux métalliques. Lentement mais sûrement, tu as avancé à grands coups d’épaules dans la Vie.  97 a...

Parfaite perfection

« … ( ou paradoxe dans la pensée de l’ange-aérien… )   Qu’est-ce qu’on en met de l’énergie pour camoufler les signes du Temps : colorations, crèmes miracles de tous genres, botox, chirurgies esthétiques. Comme si la peau devait à jamais, demeurer lisse et ferme. Comme si on ne pouvait que viser, la jeunesse éternelle et l’immortalité…  Non mais !!! … Les vêtements doivent être griffés. On doit posséder le plus récent cellulaire, la meilleure tablette, l’ordi le plus léger, la voiture de l’année. Les activités sportives sont répertoriées, analysées, comptabilisées.  Et le plaisir? Oublié ??? … Plus question d’imperfection. Il faut mordre dans la Vie avec des dents en rang d’oignons et blanches comme neige. L’apparence physique doit être sans fausse note. Notre Vie aussi. Et malheur si les rides viennent trahir nos années de bonheur… Aberration !...  Dommage … Parce que quand j’y pense… Grand-Mère Antoinette portait...